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mardi 22 août 2017

735-TSPÉ : COLLABORATION ET CO-CRÉATION DE 1960 À NOS JOURS-2-FLUXUS






VOIR LA VIDÉO (2010, 7 MN 44) POSTÉE PAR JOEL HOCBERG SUR YOUTUBE
DE LA PERFORMANCE FONDATRICE DE
 JOHN CAGE (1912-1992), 4'33", 1952, 
INTERPRETEE POUR LA PREMIÈRE FOIS PAR MARC TUDOR LE  29 AOÛT 1952,
ET REINTERPRÉTÉE ICI EN 1952  PAR WILLIAM MARX,
PALM DESERT (CALIFORNIA), McCALLUM THEATRE.
La performance qui confronte le spectateur au silence de la salle de concert
- à son propre silence et à ses qualités musicales - était avant tout une expérience sur le découpage du temps,
 la compréhension des sons contingents de l'environnement, le hasard, la participation du public et la réduction à un langage musical minimal.




A la fin des années 1950 (1958-1960), émerge, à New York, un groupe de jeunes artistes néo-dadaïstes (influencé par Marcel Duchamp - en vie et à New York - et le Dadaïsme ), musiciens, plasticiens et écrivains trentenaires, qui suivent pour la plupart les cours du musicien et compositeur d'avant-garde John Cage (1912-1992), à la New School for Social Research, et forment en 1959 le "New York Audio Visual Group".


VOIR LA VIDÉO (1960, 3 MN 58) POSTÉE PAR NaVe for EVa SUR YOUTUBE
AVEC JOHN CAGE (1912-1992) INTERPRÉTANT WATER WALK, 1960,
DANS UNE ÉMISSION POPULAIRE DE LA TÉLÉVISION AMÉRICAINE.



Parmi ces artistes, citons George Brecht (1926-2008), La Monte Young (né en 1935) Alison Knowles (née en 1933) ou Dick Higgins (1938-1998).

De décembre 1960 à juin 1961, ils organisent des "events" ("événements") bâtis autour d'un "score" (instructions, souvent court protocole de quelques lignes permettant à l'oeuvre d'être rejouée par son auteur ou d'autres artistes), autour de La Monte Young et de Yoko Ono (née en 1933) et du studio de cette dernière, et de George Maciunas (1931-1978) et de sa Galerie A/G.


 - LA MONTE YOUNG (né en 1935), Composition 1960 #3, 1960,
New York, MoMA.


- LA MONTE YOUNG (né en 1935), Composition 1960 #5, 1960,
New York, MoMA.


- Le studio de Yoko Ono (née en 1933), New York, 112 Chambers Street, hiver 1960-1961,
avec de gauche à droite : Yoko Ono, Simone Forti, John Cage, David Tudor, un inconnu, La Monte Young,
 Toshi Ichiyanagi, Toshi Mayazumi, Isamu Noguchi et un autre inconnu.


En 1961, George Maciunas rédige un manifeste du groupe, "An Anthology", qui paraîtra en 1963, et définit ce qui réunit ses spécificités, « opérations de hasard, art concept, anti-art, indéterminé, improvisations, œuvre sans signification, désastres naturels, plans d'actions, histoires, diagrammes, musique, poésie, essais, compositions de danse et composition mathématique ».

Il choisit, la même année le nom de "Fluxus", à partir du mot "flux", notamment en référence à l'écoulement organique du corps, pour « purger le monde de la maladie bourgeoise, de la culture "intellectuelle", professionnelle et commercialisée ». George Maciunas voit dans ce mouvement des objectifs socio-politiques : Fluxus «est contre l’art en tant que support de l’ego de l’artiste… et tend donc à l’esprit du collectif, de l’anonymat et à l’ANTI -INDIVIDUALISME».


- MACIUNAS George (1931-1978), Trio for Ladder, Mud and Pebbles (Trio pour échelle, boue et cailloux), 1962,
15x26 cm, New York, MoMA.


Détachées de l'art traditionnel et des circuits institutionnels, les créations se veulent provocatrices, humoristiques, éphémères (flux ; difficiles à conserver) et en lien avec le hasard, décloisonnant les arts (musique, théâtre, poésie, danse, performance, installation...) et les arts et les sciences, renonçant à la valeur de l'oeuvre d'art, marqué par l'intérêt des arts et philosophies non occidentales, ainsi que pour le concept, le langage, le processus, fusionnant l'art et la vie ("tout est art"), axées sur le banal et le quotidien (gestes, objets, choses, nourriture, silences, bruits), la performance et le divertissement d'un public actif (chacun est un artiste).

Le mouvement est international dès les premières années, avec l'artiste coréen Nam June Paik (1932-2006) (alors en Allemagne et qui rencontre John Cage dès 1958), les artistes japonais (par l'intermédiaire de Yoko Ono) comme Ay-o (né en 1931) ou Toshi Ichiyanagi (né en 1933) puis les artistes allemands avec l'installation de George Maciunas à Wiesbaden dès 1961 et la création en Allemagne du premier groupe officiel Fluxus en 1962. 

George Maciunas organise, avec les moyens du bord et dans des lieux non-institutionnels, une série de concerts et d'événements Fluxus en Europe entre 1962 et 1963, "Fluxus Internationale Festspiele neuester Musik" (Wiesbaden, Copenhague, Paris, Düsseldorf, Amsterdam, la Haye, Nice) et des galeries s'y multiplient à la même époque. 


Programme du Festival Fluxus de Wiesbaden, du 1er au 23 septembre 1962,
New York, MoMA.

- MACIUNAS George (1931-1978), HIGGINS Dick (1938-1998), VOSTELL Wolf (1932-1998), PATTERSON Benjamin (1934-2016) & WILLIAMS Emmett (1925-2007),
performing Philip Corner’s Piano Activities, 
at Fluxus Internationale Festspiele Neuester Musik, Weisbaden, 1962,
 Photograph by Hartmut Rekort.


VOIR LA VIDÉO (1962, 5 MN 54) POSTÉE PAR MODU LUM SUR YOUTUBE
FLUXUS FESTIVAL, WIESBADEN, 1962.




Au-delà des Etats-Unis, les groupes Fluxus se développent notamment en Allemagne, autour de Nam June Paik, Wolf Vostell (1932-1998) et Joseph Beuys (1921-1986) et en France, autour de Robert Filliou (1926-1987) et surtout de Ben (Vautier, né en 1935) qui organise à Nice, en 1963, le "Fluxus Festival of Total Art". 

- Affiche du Festival Fluxus d'art total et du comportement à Nice, Nice, 25 juillet-3 août 1963,
Molvena, Fondazione Bonotto. 


VOIR LA VIDÉO (1963, 0 MN 33) POSTÉE PAR LA VILLA ARSON SUR VIMEO,
AVEC LES PERFORMANCES DE 
LA MONTE YOUNG (NÉ EN 1935), DRAW A STRAIGHT LINE AND FOLLOW IT (1960),
BEN (NÉ EN 1935), HOMME COUCHÉ,
NICE, FLUXUS FESTIVAL OF TOTAL ART, 1963.
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George Maciunas rentre à New York en 1963. Il réalise et édite en série les "Fluxboxes" (boîtes contenant des textes et objets) individuelles ou collaboratives des artistes (George Brecht, Yoko Ono, Ben, Robert Filliou, Christo, Takako Saito...), gardant ainsi trace des "events" ou de leur "score". Il crée également la revue "Fluxus" dès 1964. Quatorze films, conçus par des artistes Fluxus entre 1962 et 1964, sont compilés par lui dans l'anthologie, "Fluxfilm". Entre 1962 et 1970, une quarantaine de films sont réalisés au total : bandes dont la durée varie de quelques secondes à douze minutes destinées à être projetées en boucle à l’intérieur de cubes délimités par des draps blancs appelés, "Flux space centers" et jouant souvent sur des actions étirées par le ralenti (Nam June Paik, Dick Higgins, George Maciunas, Yoko Ono, George Brecht, Robert Watts, Wolf Vostell, Ben Vautier...).


- MACIUNAS George (1931-1978), Products for Fluxus editions, 1964,
photographie arentique noir et blanc, 48,5x48 cm, New York, MoMA.


- BRECHT George, Solo for Violin, Viola, Cello, or Contrabass (1962), 1964,
performed during Fully Guaranteed 12 Fluxus Concerts, Concert no. 5, Fluxhall, 359 Canal St., New York, April 25, 1964,
photographie argentique, 19x19 cm, New York, MoMA.

- KNOWLES Alison (& BEN), Music by Alison, 1964,
performed during Fully Guaranteed 12 Fluxus Concerts, New York, May 23, 1964,
photographie argentique, 36x28,5 cm, New York, MoMA.


VOIR LA VIDÉO (1964, 14 MN 22) POSTÉE PAR ART KUNST SUR YOUTUBE,
FESTIVAL DER NEUEN KUNST 20 JULI 1964 AACHEN,
ÉCOLE SUPÉRIEURE D'AIX-LA-CHAPELLE, 20 JUILLET 1964
(DATE ANNIVERSAIRE DE L'ATTENTAT MANQUÉ CONTRE HITLER EN 1944)
VOIR À CE SUJET L'ARTICLE EN LIGNE (PDF) DE MAÏTÉ VISSAULT
Qui a provoqué le scandale… / La tactique du happening selon Beuys et Fluxus : Festival der Kunst, Aix-la-Chapelle, 20 juillet 1964 et alentours



- BEUYS Joseph (1921-1986), Festival der neuen Kunst, le 20 juillet 1964,
brandissant un crucifix sur pneumatique après avoir été frappé par un étudiant excédé d'avoir reçu de l'acide sur ses vêtements (avant de distribuer du chocolat aux spectateurs puis, une fois la manifestation stoppée par la police, de discuter avec les étudiants jusqu'au petit matin).
Après avoir exécuté un morceau d'Erik Satie, Beuys a accordé le piano à l'aide de divers objets et matières jetés à l'intérieur, a fait fondre sur un réchaud des plaques de graisse et a renversé un flacon d'acide qui est tombé et a éclaté au sol.


- BEN (né en 1935), Rentrer dans l'eau tout habillé avec un parapluie, performance, 1964/72,
texte et photos noir et blanc, sur panneau 75x75 cm.


VOIR LA VIDÉO (1964, 8 MN) POSTÉE SUR DAILYMOTION,
NAM JUNE PAIK (1932-2006), ZEN FOR FILM (FLUXFILM n°1), 1964,
INSTALLATION AVEC FILM 16 MM, VIERGE, SILENCIEUX, EN BOUCLE.
C'est un film-dispositif (présence du projecteur et de la pellicule), un film en train de se faire 
(la pellicule prenant la poussière et se rayant au fur et à mesure des projections).


- SAITO Takako (née en 1929), Spice Chess (série Smell Chess, Fluxchess, Fluxus Box), vers 1965,
boite à jeu d'échec en bois où les pions, tous identiques (petits cubes fermés par un bouchon en liège),
 sont identifiables par leur odeur d'épice, 32x32x6 cm,
Blois, La Fondation du Doute, Collection Ben Vautier.


- Fluxus newspaper no. 7, 1966,
avec sur la page de gauche, Do it yourself Fluxfest Presents Yoko Ono & Dance Co,
55,7x43,1 cm, New York, MoMA.


VOIR LA VIDÉO (1965, 0 MN 56) POSTÉE PAR LEILA DJUHERIC SUR YOUTUBE
YOKO ONO (NÉE EN 1933), CUT PIECE, 1964/1965,
NEW YORK, CARNEGIE HALL, 21 MARS 1965.
Performance durant laquelle l'artiste, assise sur scène dans la posture traditionnelle de la femme japonaise, immobile et impassible, invite les spectateurs, un par un, à prendre une paire de ciseaux pour découper et garder un morceau de ses habits. Cette performance, effectuée au Japon en 1964, s'est répétée à New York en 1965, à Londres en 1966 puis dans les décennies suivantes.




 - FILLIOU Robert (1926-1987), Optimistic Box #3 (Fluxus Box), 1969,
hommage à Marcel Duchamp, boîte manipulable, jeu d'échec pliable en bois, deux étiquettes imprimées
 (couvercle : "So much the better if you can't play chess" ; intérieur vide : "You won't imitate Marcel Duchamp"), 6,5x12x2,8 cm.



En 1964, Nam June Paik quitte l'Allemagne pour New York et y rencontre la violoncelliste Charlotte Moorman (1933-1991) avec qui il va collaborer. George Brecht s'installe en France en 1965, à Villefranche/Mer où il dirige avec Robert Filliou une galerie (atelier-boutique) nommée "La Cédille qui sourit", jusqu'en 1968.


- BRECHT George (1926-2008) & FILLIOU Robert (1926-1987), La cédille qui sourit, 1969
boîte d'allumettes géante comprenant un ensemble de fiches cartonnées, un catalogue de photographies, un bloc de feuillets vierges de la « non-école de Villefranche » (échange inconscient d'information et d'expérience), une petite boîte d'allumettes comprenant 4 crochets. 
20,6 x 16,5 cm,  Städische museum Mönchengladbach. 


VOIR LA VIDÉO (1969, 6 MN 59) POSTÉE PAR DRMARKALBURGER SUR YOUTUBE
NAM JUNE PAIK & CHARLOTTE MOORMAN, TV BRA FOR LIVING SCULPTURE
AND CHAMBER MUSIC, 1969.





LA MONTE YOUNG  (né en 1935, compositeur) et ZAZEELA Marian (née en 1940, plasticienne), Dream House, 1962-1969-1990, Lyon, MAC,
interaction entre musique (création générée en temps réel par un synthétiseur) et lumière (deux installations lumineuses et deux sculptures dont une en néon). La musique fait réagir de manière infime les mobiles suspendus conçus par Marian Zazeela. Pour l’auditeur, il s’agit de s’immerger littéralement dans le son pour en percevoir les nuances, une expérience invitant à la méditation, à être autant à l’écoute de soi qu’à l’écoute des sons. À l’intérieur de cet espace de plus de 500 m2 baigné de lumière et de musique, le visiteur vit des sensations inédites et une expérience incroyable de la durée, chacun pouvant y trouver sa place en s’asseyant ou en déambulant à son rythme tout en appréciant les modulations sonores provoquées par ses propres mouvements, aussi infimes soient-ils.


VOIR LA VIDÉO (2012, 0 MN 40) POSTÉE PAR GRAHAM MILN SUR YOUTUBE
DREAM HOUSE EXHIBIT IN LYON, FRANCE, MAC LYON, 2012.



Fluxus est davantage un état d'esprit qu'un mouvement et si certains membres sont officiellement exclus du groupe (en 1964 : Dick Higgins, Alison Knowles, Nam June Paik, Joseph Beuys, Wolf Vostell), ils n'en continuent pas moins à créer. D'autres artistes ne font pas officiellement partie du groupe mais partagent ce même état d'esprit et sont en contact avec ses membres. 

Si la grande époque de Fluxus semble résolument les années 1960, le mouvement perdure (events, festivals), officiellement jusqu'à la mort de George Maciunas en 1978 ("Fluxfuneral") mais en réalité bien au-delà, par ses membres et son état d'esprit.














jeudi 17 août 2017

734-TSPÉ-SÉBASTIEN LEMALE-COLLABORATION ET CO-CRÉATION DANS LA B.D.-2





COLLABORATION ET CO-CRÉATION DE 1960 À NOS JOURS :

QUELQUES ASPECTS EN BANDE DESSINÉE CONTEMPORAINE, 

PAR SÉBASTIEN LEMALE, PROFESSEUR AU LYCÉE GRANDMONT DE TOURS.



- Joann Sfar et David B. : Urani, la ville des mauvais rêves, pl 22.
Joann Sfar et David B. : Urani, la ville des mauvais rêves, pl 35.




Joann Sfar et David B. : Urani, la ville des mauvais rêves


Joann Sfar et David B., tous deux membres de L’Association, ont des styles très différents (collectif fondé en 1990 qui a révolutionné le rapport de la BD à l’autobiographique et aux expériences inédites). 

Le trait de David B. est très souple et net, tandis que celui de Joann Sfar est beaucoup plus libre et imprécis. Aussi, dans cet album en commun, Urani, la ville des mauvais rêves, ils ne cherchent pas à fondre leurs thèmes et dessin mais les séparent par des chapitres.


- Joann Sfar et David B. : Urani, la ville des mauvais rêves, pl 45.



David B. est un spécialiste de l’ésotérisme, des sociétés secrètes et du mystère. Joann Sfar est ici, plus dans l’action, dans les complots politiques. Chacun garde son héros. Sfar dessine seul le robot Urani. La narration, comme le style, restent un peu chaotique.


Collaboration sans suite mais qu’on retrouve dans d’autres projets des membres de L’Association.




Joann Sfar / Lewis Trondheim, etc. : Donjon



Donjon est un projet d’écriture/réalisation communes d’une parodie de Donjon & Dragon par Lewis Trondheim et Joann Sfar. Non seulement l’écriture est commune mais la réalisation graphique passe par une collaboration. Joann Sfar réalise des crayonnés qui sont ensuite réinterprétés par Lewis Trondheim.



- Joann Sfar : crayonné Donjon T2, pl 5, 1999.

- Lewis Trondheim & Joann Sfar : Donjon Zenith II Le roi de la bagarre, P 52, Delcourt, Paris, 1999.



 - Joann Sfar : Donjon T2, pl 13, 1999.


- Lewis Trondheim & Joann Sfar : Donjon Zenith II, Le roi de la bagarre, p 60, Delcourt, Paris, 1999.


- Lewis Trondheim, Joann Sfar & Christophe Blain : Donjon Monster 7 : Mon fils le tueur, édition spéciale Delcourt, Paris, 2003.

- Lewis Trondheim, Joann Sfar & Killoffer : Donjon Monsters  9 :  Les profondeurs, Delcourt, Paris, 2004.

- Lewis Trondheim, Joann Sfar & Carlos Nine : Donjon Monsters 8 Crève-Cœur, Paris, 2004. 



En terme de collaboration, Donjon va se développer. Joann Sfar réalise un après-Donjon : Donjon crépuscule ; Christophe Blain un avant-Donjon : Donjon potron-minet ; Manu Larcenet un Donjon comique : Donjon Parade. Puis des Donjons uniques seront confiés à d’autres dessinateurs ayant chacun leur propre style : Donjon monsters. La collaboration réunit donc plus de 22 dessinateurs officiels et 37 albums.


- Affiche collective Donjon pirate, soirée révélation, Angoulême, 2008.

- Stanislas Gros : donjon-pirate-chevaliers-sans-plastrons-42.



Mais cette diversification est virale. Il se crée sur le net un site Donjon Pirate, avec des auteurs publiant anonymement des planches imaginaires puis un site Donjon pirate pirate. Ce n’est plus de la collaboration, mais de la contamination. Lewis Trondheim finit par poser des interdictions, certains auteurs commençant à réaliser des Donjons entiers.



Chicou chicou


Chicou Chicou est une écriture commune sur Internet, racontant les mésaventures fictives d’une bande de potes de Château Gontier. Chacun des auteurs (gardant l’anonymat à l’époque) se répondant et poursuivant les histoires. Une sorte d’écriture interactive à dix mains. 

Les styles des auteurs (Boulet, Lisa Mandel, Domitille Collardey, Aude Picault et Erwan Surcouf) diffèrent, permettant de les reconnaître.  Les histoires évoluent, tiraillées par des intentions plastiques et narratives spécifiques. Boulet dira qu’il a fini par s’identifier à l'un des personnages.


- Collectif, Chicou Chicou, Shampooing, Paris, 2008.

- Collectif, Chicou Chicou, Infiniment petit : Infiniment petit

- Collectif, Chicou Chicou, Ninja : Ninja

- Collectif, Chicou Chicou Lalala lalala Laaaalaaaalaaaa Lalala lalala Laaaalaaaalaaaa
- Collectif, Chicou Chicou,  PestePeste



Les auteurs savent également prendre parti des spécificités de la lecture du blog sur Internet, avec déroulement vertical et des innovations plastiques inattendues.



À SUIVRE










lundi 7 août 2017

733-TEAMLAB : "FLOWERS AND PEOPLE", INTERACTIVE DIGITAL INSTALLATION






TeamLab est un collectif d'artistes japonais composé de spécialistes tels que des programmeurs (ingénieurs d'interface utilisateur, ingénieurs de base de données, ingénieurs de réseau, ingénieurs de matériel, ingénieurs de vision informatique, architectes de logiciels), des mathématiciens, des architectes, des animateurs CG, des designers Web, des graphistes, des artistes, des éditeurs et bien d'autres.
VOIR LA VIDÉO (2 MN 14, 2016, CALIFORNIA)
FLOWERS AND PEOPLE, 
CANNOT BE CONTROLLED BUT LIVE TOGETHER,
A WHOLE YEAR PER HOUR, 2015,
INTERACTIVE DIGITAL INSTALLATION, ENDLESS,
SOUND : HIDEAKI TAKASHI.
Cette œuvre est en constante évolution : sur une période d'une heure, se déroule une année de floraison. Sans personne, cette installation est un espace sombre et nu. Lorsque les gens entrent dans la salle, les fleurs apparaissent autour d'eux et commencent à se répandre sous leurs pieds. Lorsque les fleurs sont approchées par quelqu'un, elles se propagent dans cette direction et forment des connexions. Les fleurs poussent, bourgeonnent et fleurissent avant que leurs pétales ne commencent à se faner et finissent par tomber. Le cycle de croissance et de désintégration se répète à perpétuité. Lorsque le spectateur est immobile, les fleurs se multiplient, poussent et s'épanouissent. Lorsque le spectateur se déplace, les fleurs commencent à se faner, à mourir et à s'évanouir. Cette œuvre est en continu, ce n'est ni une animation préenregistrée ni une boucle. Le travail est composé en temps réel par un programme informatique. L'interaction entre le visiteur et l'installation provoque des changements continus dans le déroulement. Les états visuels précédents ne peuvent jamais être reproduits et ne se reproduiront jamais.










dimanche 6 août 2017

732-VIDÉOS D'EXPOSITION : "INEXTRICABILIA", 2017, LA MAISON ROUGE, PARIS




VOIR LA VIDÉO (3 MN 50, 2017) DE TV5MONDE,
AVEC LUCIENNE PEIRY PRÉSENTANT L'EXPOSITION,
INEXTRICABILIA, ENCHEVÊTREMENTS MAGIQUES
LA MAISON ROUGE, PARIS, 23 JUIN-17 SEPTEMBRE 2017.


VOIR LA VIDÉO (8 MN 28, 2017) DE LA MAISON ROUGE,
AVEC LUCIENNE PEIRY PRÉSENTANT L'EXPOSITION,
INEXTRICABILIA, ENCHEVÊTREMENTS MAGIQUES
LA MAISON ROUGE, PARIS, 23 JUIN-17 SEPTEMBRE 2017.




TÉLÉCHARGER LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE (PDF) DE L'EXPOSITION












mercredi 2 août 2017

731-TSPÉ-SÉBASTIEN LEMALE-COLLABORATION ET CO-CRÉATION DANS LA B.D.-1



COLLABORATION ET CO-CRÉATION DE 1960 À NOS JOURS :

QUELQUES ASPECTS EN BANDE DESSINÉE CONTEMPORAINE, 

PAR SÉBASTIEN LEMALE, PROFESSEUR AU LYCÉE GRANDMONT DE TOURS.




- Goscinny-Uderzo :  Astérix, Le devin, Dargaud, 1972.
- Yann & Conrad : Les innommables, Alix-Noni-Tengu, Dargaud, 1996.



Les collaborations sont nombreuses, presque monnaie courante, en bande dessinée. L’association d’un scénariste et d’un dessinateur a longtemps représenté la norme. Qu’on pense à la personnalité de Goscinny dont la mort prématurée a révélé le caractère essentiel dans la réalisation et le succès d’Astérix. On peut également évoquer certains duos célèbres : Loustal-Parringault, Rosinski-Van Hamme (Thorgal), Yann & Conrad (Les inommables)... 

On peut également penser aux capacités de transposition de romans, par exemple Jacques Tardi avec Léo Malet (Nestor Burma), ou avec Manchette (Griffu) où la mise en case dépasse l’illustration littérale mais apporte un point de vue double, un mixte.

Le thème de l’année étant « collaboration et co-création », on présentera ici les exemples, pas si nombreux, de collaboration mixte, où chacun ne se cantonne pas dans son rôle et fait bouger les limites.



Tramber et Jano : Kébra


A la fin des années 1970, Tramber & Jano publient dans le mensuel de BD, Métal hurlant, les aventures d’un rat blouson noir de banlieue. Histoire : sexe, drogue & Rock’n Roll. Style crade, proche du punk.

La collaboration sépare les tâches de manière inédite : Jano dessine les personnages et Tramber les décors qui prennent une place exceptionnelle dans certaines planches. L’hybridation produit de l’inattendu.

- Tramber & Jano : Kébra choppe les boules, les humanoïdes associés.

- Tramber & Jano : Le zonard des étoiles, pl. 14, les humanoïdes associés.



Après leur séparation, chacun va dessiner dans sa direction. Jano : l’Afrique et l’Inde (nouvel héros : Keubla) ; Tramber : des loosers de banlieue (William Vaurien) puis des marins bretons, forcément avinés.

Les projets se différencient donc, tant dans les thèmes que dans les styles.


- Jano : Keubla, sur la piste du Bongo, Les humanoïdes associés, 1987, pl. 1.

- Tramber : William Vaurien, Embrouille au Pypoland, Paris, Les humanoïdes associés, 1984.




Dupuy & Berberian


L’originalité de la collaboration de Philippe Dupuy et Charles Berberian tient dans leur interchangeabilité. Chacun intervient autant dans le dessin que dans le scénario, sans rôle ou partage prédéfini, en fonction de son inspiration. Sans l’avoir théorisée, cette pratique s’est installée de manière empirique.


- Dupuy & Berberian   : Bicéphale, Beeld Beeld, 2002, non paginé.
- Dessin pour la couverture de Neuvième art, spécial Dupuy & Berberian, Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, Angoulême, 2009.


 D’où cette image où chacun tient le même stylo démesuré pour tracer un trait. Image qu’ils reprennent sous forme d’installation d’une maquette animée, pour leur exposition commune à Angoulême après avoir reçu le Grand Prix.

- Dupuy & Berberian : Maquette Exposition CNBDI, Angoulême, 2009.


Leur style commun, une « ligne claire » proche d’Hergé en vogue chez les jeunes auteurs dans les années 80, est suffisamment proche pour qu’il soit impossible de trouver qui dessine quoi dans la case.


- Dupuy & Berberian : Monsieur Jean, T 6 : Inventaire avant travaux, Dupuis, 2003.


Cependant, avec l’ouvrage autobiographique Journal d’un album, chacun écrit et dessine seul ses chapitres, ce qui expose les différences de style et de contenu. Le style de Berberian diffère un peu de l’aspect lisse de la ligne claire et continue à évoluer aujourd’hui vers un trait imprécis et sensible inspiré des artistes des années 20.

- Dupuy & Berberian : Journal d’un album, L’association, Paris, 1994, couverture.


- Berberian, : « Des conneries », p1, Journal d’un album, L’association, Paris, 1994.


- Berberian, : « Batman », p1, Journal d’un album, L’association, Paris, 1994


 
- Berberian : « Conneries (II) », pl. 9, Journal d'un album, L’association, Paris, 1994.


- Dupuy : « Monsieur Jean », Journal d'un album, pl. 1, L’association, Paris, 1994.


- Dupuy : « Monsieur Jean », Journal d'un album, pl. 2, L’association, Paris, 1994.



Mais aussi le cheminement de la réalisation, les choix stylistiques, par exemple dans cette dernière case.

Dans son chapitre, Philippe Dupuy retranscrit un moment de la collaboration créative, où il s’interroge sur l’utilité de garder la coiffure moderne du héros Monsieur Jean, dans un épisode onirique situé au Moyen-âge.

Philippe Dupuy traverse une phase de pause créative et de remise en cause qu’il développe dans sa partie. Il évoque également le décès de sa mère et son risque de divorce. Il se sert de ce journal pour savoir s’il a encore envie de travailler en commun. Il lui sert d’introspection, quand Charles Berberian reste dans l’humour.


- Dupuy- Berberian : Monsieur Jean T 3 : Les femmes et les enfants d’abord,  pl. 11.


- Dupuy- Berberian : Monsieur Jean, T 6 : Inventaire avant travaux,  pl. 43, Dargaud 1994 et 2003.



A travers leur fiction, l’histoire du trentenaire Monsieur Jean, chacun insère ses intérêts, ses angoisses. Ici pour Philippe Dupuy, l’inquiétude d’avoir des enfants (à comparer avec la planche ci-dessus) ou bien la transposition chez leur héros d’authentiques cauchemars (ici de Berberian). Dans son premier livre en solo, Hanté, Philippe Dupuy compare son projet introspectif à un travail de thérapie ou de psychanalyse, sans en être vraiment une.


- Dupuy : L’Art du chevalement, 2014 pl. 55.


- Dupuy, Double planche originale extraite des Enfants pâles, 2012.



   Leur style évolue, chacun de son coté, développant une pratique en solo. Philippe Dupuy abandonne le trait de la ligne claire au profit du lavis. Ses dessins sont plus expressifs, moins contenus par le trait. Ils se rapprochent de carnets de croquis.


- Berberian : « Le cerceau européen », Le Bonheur occidental, p 49, Fluide Glacial, 2016.


- Berberian : « Place St Michel », Paris, Co-édition Lonely Planet, Casterman, 2014.



Charles Berberian cependant n’abandonne pas l’humour et si ses planches sont moins introspectives, son trait s’éloigne de la ligne claire pour se rapprocher de certains dessinateurs de presse, par exemple Saul Steiner. Il publie d’ailleurs également dans le New Yorker et développe un travail d’illustration au pinceau et à l’encre.



Dupuy- Berberian :  Bienvenue à Boboland, Tome 1, Fluide Glacial, 2008, pl.1.



Pourtant, leur collaboration se poursuit, par exemple avec Boboland (2008), chez Fluide Glacial, où les bourgeois bohèmes parisiens (ici du canal St Martin), sont cyniquement caricaturés.